Le café maragogype est une variété arabica aux grains deux à trois fois plus grands que ceux de tous les autres arabicas.
- Découvert vers 1870 à Maragogipe, dans l’État de Bahia au Brésil : mutation spontanée du Typica.
- Il pousse principalement au Mexique, au Nicaragua et au Guatemala, entre 1 300 et 2 000 mètres d’altitude.
- Son profil de tasse est doux, peu corsé, avec des notes d’agrumes et de noisette.
- Rendement très faible et forte sensibilité aux maladies : voilà pourquoi il reste rare et recherché.
- À distinguer : “maragogype” désigne une variété botanique entière, pas seulement un grain de grande taille.
La mutation qui a tout changé
Le café maragogype est né d’une mutation spontanée du Typica dans les plantations de Maragogipe, à Bahia, au Brésil, aux alentours de 1870. Ce qui frappe d’abord les cultivateurs de l’époque, ce n’est pas la taille du grain : c’est la taille de tout le plant. Les feuilles sont plus larges, les entrenœuds plus espacés, les cerises nettement plus volumineuses que sur les caféiers voisins.
Ce n’est pas un croisement délibéré. Il s’agit d’une erreur de copie dans l’ADN du caféier, apparue spontanément dans un arabica déjà présent au Brésil. Selon le catalogue de World Coffee Research, le maragogype appartient au groupe génétique Bourbon-Typica, l’une des lignées arabicas les plus anciennes et les plus répandues dans le monde.
Cette mutation a ensuite engendré deux variétés importantes dans le café de spécialité : le Pacamara, croisement avec le Pacas au Salvador, et le Maracaturra, croisement avec le Caturra en Amérique centrale. Les deux ont hérité du gabarit hors norme du grain maragogype.
Son nom vient directement de la ville brésilienne, orthographiée “Maragogipe” en portugais et transformée en “Maragogype” dans les catalogues commerciaux. Cette variation orthographique peut porter à confusion, mais elle renvoie toujours au même caféier : on trouve les deux formes selon les sources.
Des grains deux à trois fois plus grands que la normale
Le grain maragogype est de loin le plus grand parmi tous les arabicas documentés, classé “Very Large” par World Coffee Research, un niveau à part entière dans leur grille de classification. Là où un grain d’arabica courant mesure 8 à 10 mm de long, un maragogype peut dépasser 15 mm.
Cette taille hors norme touche l’ensemble de la plante. Les feuilles du caféier maragogype sont larges et épaisses, les entrenœuds particulièrement espacés, et le port global du plant est plus haut que la moyenne. Une plante bien établie peut dépasser deux mètres. La densité de plantation recommandée est de 3 000 à 4 000 plants par hectare, contre 4 000 à 5 000 pour les variétés compactes comme le Caturra ou le Catuaí.
Paradoxalement, ces grains imposants sont aussi plus légers que leur volume ne le laisse supposer. Leur densité est inférieure à celle des arabicas compacts. World Coffee Research les classe dans la catégorie de qualité “Good to Very Good” selon l’altitude de production, une qualification qui préfigure leur profil de tasse peu corsé.

Mexique, Nicaragua, Guatemala : où pousse le maragogype aujourd’hui ?
Le maragogype est cultivé principalement au Mexique, au Nicaragua et au Guatemala, dans des zones d’altitude comprises entre 1 300 et 2 000 mètres, où les nuits fraîches ralentissent la maturation des cerises et favorisent le développement aromatique.
Le Brésil, berceau de la variété, ne concentre plus qu’une culture résiduelle. L’altitude de la plupart des zones caféières brésiliennes est insuffisante pour exprimer les qualités aromatiques du maragogype. Au Nicaragua, les régions de Dipilto et de Jinotega produisent des maragogype appréciés pour leurs notes d’agrumes. Au Guatemala, les terroirs de haute altitude accueillent la variété aux côtés du bourbon et du caturra ; notre dossier sur le café du Guatemala revient sur ces microclimats d’altitude.
La cerise de café maragogype est, elle aussi, plus grande que la normale. Elle est récoltée à la main, sélectivement, pour ne prendre que les cerises à maturité optimale. Cette exigence de cueillette selective, déjà présente pour les autres arabicas de qualité, est encore plus minutieuse ici : un grain de cette taille abîmé à la récolte se remarque immédiatement au tri.
Pour explorer ce que les terroirs d’altitude apportent au café en général, le guide des origines du café recense les grandes régions productrices et leurs spécificités climatiques.
Un profil de tasse doux, fin et peu corsé
Le maragogype développe un profil de tasse doux et peu corsé, avec des notes d’agrumes et de noisette qui s’expriment particulièrement bien à l’extraction filtre, où la finesse du grain peut s’épanouir sans la pression d’un espresso.
Les dégustateurs décrivent souvent des notes de citron ou d’orange, de noisette, parfois de caramel léger ou de sucre de canne. Son corps est fin, son acidité délicate plutôt que vive. Ce profil en fait un café apprécié en pour-over, en Chemex ou en cafetière à piston, des méthodes qui laissent s’exprimer la subtilité de ses arômes. À l’espresso, sa finesse risque d’être écrasée par des températures trop élevées.
Sa teneur en caféine est également légèrement inférieure à la moyenne des arabicas. Cette différence, liée à la densité plus faible du grain, reste modeste : le maragogype n’est pas un café décaféiné, et la différence ne se ressent pas comme un manque. Il est simplement moins stimulant que la plupart de ses cousins arabicas, ce que certains amateurs apprécient en fin de journée.

Pourquoi le maragogype reste une rareté
Le maragogype est rare pour deux raisons concrètes : un rendement très faible et une sensibilité marquée aux principales maladies du caféier.
Côté rendement, World Coffee Research le classe simplement dans la catégorie “Low”. La plante ne produit pas avant sa quatrième année, et même en pleine production, elle donne bien moins de cerises qu’un Catuaí ou un Caturra à surface équivalente. C’est pourquoi le catalogue de WCR conseille de lui préférer le Pacamara dans les contextes où la productivité compte : le Pacamara a hérité de la taille du grain maragogype, mais avec un meilleur rendement.
Côté fragilité, le maragogype est susceptible à deux maladies majeures : la rouille du café (Hemileia vastatrix), qui a ravagé des milliers de plantations d’Amérique centrale dans les années 2010, et la maladie des baies (Coffee Berry Disease, CBD). Ces deux pathogènes imposent une vigilance constante et des traitements réguliers, ce qui alourdit les coûts de production.
C’est la combinaison de ces deux facteurs, faible rendement et coût élevé d’entretien, qui explique la place du maragogype dans les torréfactions de spécialité plutôt que sur les étagères des grandes surfaces. Un café rare, pas parce qu’il serait impossible à cultiver, mais parce que l’équation économique est difficile à tenir pour un producteur qui compte sur le volume.
Le maragogype, on l’oublie souvent, n’est pas une curiosité inventée par le marketing du café de spécialité. C’est une lignée botanique qui survit depuis 1870, qui a engendré d’autres variétés aujourd’hui bien connues, et dont la taille inhabituelle dit quelque chose de la diversité génétique encore intacte de l’arabica. Dans une tasse, c’est cette histoire tranquille que l’on retrouve : beaucoup de parfum, peu de puissance, et une rareté qui ne se revendique pas.
Questions fréquentes sur le café maragogype
D’où vient le nom “maragogype” ?
Le nom vient de la ville brésilienne de Maragogipe, dans l’État de Bahia, où la mutation spontanée du Typica a été découverte vers 1870. L’orthographe “Maragogype” (avec un “y”) est la forme commerciale adoptée dans les catalogues de café, tandis que “Maragogipe” (avec un “i”) est la forme portugaise et scientifique originale.
Le café maragogype contient-il moins de caféine que les autres arabicas ?
Oui, légèrement. Le maragogype est reconnu pour une teneur en caféine inférieure à la moyenne des arabicas. Cette différence reste modeste : il ne s’agit pas d’un café décaféiné, mais d’une variété naturellement un peu plus douce en stimulant que la plupart des arabicas standards.
Le café maragogype est-il un arabica ?
Oui. Le maragogype est une variété de Coffea arabica, issue d’une mutation spontanée du Typica, l’une des variétés arabicas les plus anciennement cultivées. Il appartient au groupe génétique Bourbon-Typica selon World Coffee Research. Il n’a aucun lien avec le robusta.
Où le café maragogype est-il cultivé aujourd’hui ?
Le maragogype est principalement cultivé au Mexique, au Nicaragua et au Guatemala, à des altitudes comprises entre 1 300 et 2 000 mètres. Le Brésil, son pays d’origine, n’en produit plus qu’en quantités marginales. Sa culture reste confidentielle en raison de son rendement très faible.